Troubles vestibulaires et réalité virtuelle : quels usages, quelles limites ?

Traverser un magasin animé, tourner la tête vers un rayon ou regarder une scène en mouvement peut être difficile pour une personne qui présente des sensations vertigineuses ou une instabilité. Les environnements numériques permettent de présenter certaines situations visuelles dans un cadre contrôlé. Ils peuvent aussi provoquer un inconfort, et leur intérêt dépend de la situation clinique et du but de l’activité.

Le point de départ est l’évaluation clinique, avant le casque. La réalité virtuelle (RV) constitue un support possible dans certains programmes de rééducation. Elle ne détermine pas la cause d’un vertige, ne remplace pas un examen vestibulaire et ne démontre pas qu’un exercice donné est adapté.

Des causes différentes appellent des décisions différentes

Le mot « vertige » ou la description d’un étourdissement renseignent sur un ressenti, sans constituer à eux seuls un diagnostic. Hypofonction vestibulaire périphérique, vertige positionnel paroxystique bénin (VPPB), vertige perceptuel postural persistant (PPPD) et autres affections ne doivent pas être confondus.

Les recommandations de 2022 soutiennent la rééducation vestibulaire chez l’adulte présentant une hypofonction vestibulaire périphérique. Elles ne s’appliquent pas automatiquement à toute plainte vertigineuse. [1] Pour un VPPB du canal postérieur, les recommandations spécifiques préconisent une manœuvre de repositionnement adaptée ou une orientation vers un professionnel qui peut la réaliser. Une scène virtuelle ne remplace pas ce traitement. [2]

Des symptômes nouveaux, inexpliqués ou changeants nécessitent une évaluation clinique appropriée. Avant de se demander si la RV pourrait être utilisée, il faut préciser ce qui est évalué ou traité et par quel professionnel.

Définir le rôle de l’environnement virtuel

Un thérapeute peut envisager une scène numérique lorsqu’il existe une raison précise de présenter un contexte visuel particulier. Une allée simulée peut, par exemple, servir à aborder une difficulté dans un magasin visuellement chargé. Sa ressemblance avec la vie quotidienne ne suffit cependant pas à en faire une évaluation validée ni à démontrer le transfert des apprentissages.

Préciser ce que l’activité doit permettre d’examiner ou de travailler : une réponse particulière à la complexité visuelle, une tâche supervisée dans un programme établi ou la tolérance d’une installation. La tâche, la commande et les mouvements demandés doivent correspondre à cette intention.

Un jeu visuel n’est pas nécessairement un exercice vestibulaire. Un casque ne fournit pas forcément les fonctions requises pour une intervention spécialisée. Toute affirmation sur la stabilité du regard, le réflexe vestibulo-oculaire ou une mesure posturale exige des preuves concernant l’outil et l’usage précis.

Que comparent réellement les recherches ?

Un petit essai de 2021 mené dans le PPPD comparait deux programmes utilisant tous deux la RV, avec une stimulation optocinétique ajoutée dans l’un des groupes. Il ne démontre donc pas une supériorité sur une prise en charge sans RV. [3] Un autre essai randomisé publié en 2025 rapporte une amélioration dans les deux groupes, sans différence significative entre eux lorsque la RV est ajoutée au programme. [4]

Ces travaux montrent pourquoi le comparateur compte. Quel diagnostic était inclus ? Que recevait chaque groupe ? Quels résultats ont changé, et ces changements se maintenaient-ils ? Un résultat favorable ne prouve pas que tous les casques, applications ou produits Remotion ont le même effet.

Préparer un essai individualisé et supervisé

Avant l’essai, convenir de son objectif et de la manière de signaler un inconfort ou de demander l’arrêt. Reprendre les éléments de l’évaluation, les précautions pertinentes, l’expérience antérieure de la RV et les aides nécessaires. Respecter les consignes du matériel et de l’application ainsi que les procédures cliniques locales.

Le tableau suivant constitue un exemple original de préparation pour un professionnel compétent qui envisage une scène numérique. Il ne s’agit ni d’une prescription d’exercices à domicile ni d’un protocole vestibulaire validé.

Élément de préparationQuestions à résoudre
ObjectifQuelle activité quotidienne ou difficulté identifiée cliniquement est pertinente pour cet essai ?
Contexte envisagéLa personne a-t-elle été évaluée ? L’essai est-il adapté et supervisé par un professionnel disposant des compétences nécessaires ?
TâcheQue doit réellement faire la personne, au-delà du port du casque ?
ConfigurationQuels scène, conditions de visualisation, commande et mouvements sont disponibles et pertinents ? Quels paramètres l’application permet-elle de modifier ?
ObservationsQue rapporte la personne avant, pendant et après l’activité ? Quelles aides et réponses comportementales le professionnel observe-t-il ?
Données enregistréesQuels événements sont réellement enregistrés et avec quelles limites techniques ? Les distinguer de leur interprétation clinique.
AdaptationsUne scène plus simple, une autre présentation ou une alternative sans casque serviraient-elles mieux l’objectif ?
PrécautionsQuels symptômes ou changements imposent une pause, l’arrêt ou une nouvelle évaluation ? Comment maintenir une installation et une assistance sécurisées ?
TraçabilitéNoter la scène, le matériel, les réglages pertinents, l’exposition effectivement réalisée, l’aide, les symptômes et la décision suivante.

Une application peut ne pas offrir tous ces réglages. L’absence de commandes adaptées peut rendre l’installation inappropriée pour l’usage envisagé.

Distinguer le travail prévu des effets indésirables

Dans une rééducation spécialisée, un professionnel peut prévoir et surveiller certaines réponses symptomatiques au sein d’un programme individualisé. Cela ne signifie pas que des nausées ou des vertiges pendant n’importe quelle expérience immersive indiquent que le traitement fonctionne.

Noter ce qui était présent avant l’exposition et ce qui change pendant ou après. La personne ne doit pas être incitée à poursuivre uniquement pour finir un niveau. Faire une pause ou arrêter en cas de symptômes inattendus, marqués ou préoccupants, de perte d’une installation sécurisée ou de demande d’arrêt, puis réévaluer de manière adaptée.

Le retrait du casque ne suffit pas à conclure que la personne peut se lever ou partir. Vérifier son ressenti et apporter l’aide nécessaire. Cet article ne propose aucun seuil symptomatique, durée d’exposition ou délai de récupération universels.

Prévoir des alternatives en conservant l’objectif

L’objectif clinique peut rester pertinent même lorsque la RV immersive ne convient pas. Examiner si une activité réelle, une présentation sur écran ou une autre méthode prévue dans le projet de soins est plus adaptée. Un écran n’est pas automatiquement dépourvu d’effets symptomatiques, et changer de présentation modifie aussi les exigences.

Pour une personne qui souhaite reprendre ses courses, la réévaluation porte sur l’activité importante : participation, aide, tolérance et confiance dans le contexte concerné. Réussir une tâche virtuelle ou porter le casque plus longtemps ne démontre pas une récupération.

Séparer les conclusions cliniques des résultats du jeu

Le suivi de position d’un casque n’est pas, par défaut, un test vestibulaire validé. Un score de jeu ne permet pas à lui seul de diagnostiquer un trouble, de démontrer une compensation vestibulaire ou de déterminer un risque de chute.

Choisir des évaluations adaptées à la question clinique et maîtrisées par le professionnel, puis préciser ce que chaque observation permet ou non de conclure. Distinguer le vécu rapporté, l’observation directe et les événements enregistrés par le logiciel. Si le fonctionnement quotidien n’a pas été évalué, le mentionner.

Utiliser la RV lorsque son rôle est justifié

La RV peut trouver une place dans certains programmes de rééducation vestibulaire supervisés. Le choix dépend du diagnostic, des objectifs, des données pertinentes, des préférences de la personne et des possibilités réelles du matériel. Une autre approche est appropriée lorsque le casque ou la tâche n’apporte pas de contribution utile.

Échangez avec l’équipe Remotion sur votre contexte clinique et vos besoins d’accessibilité via la page de contact du site. Vérifiez l’usage prévu et les fonctions de la configuration concernée ; cet article n’établit aucune indication vestibulaire ni validation clinique d’un produit Remotion.

Références

  1. Hall CD, et al. Vestibular rehabilitation for peripheral vestibular hypofunction: updated clinical practice guideline. 2022. DOI: 10.1097/NPT.0000000000000382.
  2. Bhattacharyya N, et al. Clinical practice guideline: benign paroxysmal positional vertigo (update). 2017. DOI: 10.1177/0194599816689667.
  3. Choi SY, et al. Effect of vestibular exercise and optokinetic stimulation using virtual reality in persistent postural-perceptual dizziness. Scientific Reports. 2021;11:14437.
  4. The effect of using virtual reality on balance in people with persistent postural-perceptual dizziness: a randomized controlled trial. 2025. PMID: 40085770.

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