Se déplacer au quotidien ne mobilise pas uniquement le mouvement. Une personne peut marcher en discutant, rechercher une porte familière ou décider de la direction à prendre. La rééducation peut donc examiner l’articulation entre mouvement et attention, en tenant aussi compte de la force, de l’équilibre et de l’environnement.
Les activités interactives permettent de structurer certaines situations de travail. Leur but doit rester explicite : un meilleur score, une tâche d’atteinte réussie ou un suivi corporel visuellement convaincant ne démontrent pas, à eux seuls, une diminution des chutes.
Partir de l’histoire des chutes et des activités de la personne
Prévenir les chutes dépasse le travail de l’équilibre devant un écran. Les recommandations NICE de 2025 incluent une évaluation globale de facteurs pertinents comme la mobilité, les médicaments, la vision, les chaussures et les préoccupations liées aux chutes. Elles concernent les personnes âgées et les personnes de 50 ans et plus à risque accru ; leur portée ne doit pas être étendue automatiquement à tous les âges. [1]
Quelles activités comptent pour la personne ? Qu’est-ce qui limite sa participation ? A-t-elle chuté ou failli chuter ? Évite-t-elle certaines situations ? Quelle aide humaine ou technique utilise-t-elle ? Ces éléments orientent le professionnel compétent vers les évaluations et les composantes d’intervention pertinentes.
Un exercice numérique ne remplace ni une revue médicamenteuse, ni l’examen d’une cause médicale possible, ni les aménagements nécessaires du domicile. Il peut contribuer à une partie d’un projet plus large.
Qu’est-ce qu’une double tâche ?
La double tâche correspond à la réalisation simultanée de deux tâches. Dans une activité motrice et cognitive, l’une sollicite le mouvement ou le contrôle postural et l’autre l’attention, une décision, la mémoire ou la communication. Un professionnel peut, par exemple, examiner le maintien debout associé à la sélection d’une cible selon une règle simple, si l’évaluation justifie cette situation.
Ajouter du son, des animations ou de la difficulté ne crée pas automatiquement une double tâche pertinente. Le thérapeute doit pouvoir nommer les deux tâches, expliquer leur lien avec l’objectif et préciser les observations attendues pour chacune.
La réponse peut changer dans l’une ou l’autre. Une personne peut répondre correctement tout en devenant moins stable, ou maintenir sa performance motrice en faisant davantage d’erreurs de sélection. Observer uniquement la réponse numérique risque de masquer le changement le plus important.
Construire l’activité à partir d’un besoin évalué
Les recommandations internationales sur les chutes soutiennent des interventions individualisées et des exercices liés aux activités quotidiennes pertinentes. Elles présentent aussi la performance en double tâche comme un élément possible de l’évaluation. Cela ne rend pas son entraînement obligatoire ni adapté à chacun. [2]
Avant de combiner les exigences, comprendre comment la personne réalise chaque composante dans des conditions adaptées et avec les aides nécessaires. Expliquer les consignes et la manière de demander de l’aide ou l’arrêt. Si l’utilisation de l’outil pose problème, résoudre cet obstacle avant d’interpréter le résultat comme une information sur l’équilibre ou l’attention partagée.
Le thérapeute détermine si le travail simultané est utile à ce stade, si les tâches doivent rester séparées ou si une autre approche sert mieux l’objectif.
Un exemple d’activité supervisée
Le tableau suivant est un exemple original de préparation pour un professionnel compétent. Il concerne un adulte évalué comme pouvant participer à l’activité. Il ne constitue ni une prescription d’exercices à domicile ni un protocole validé de prévention des chutes.
| Élément de préparation | Proposition illustrative |
|---|---|
| Objectif quotidien | Participer à une activité pertinente associant le maintien debout et l’attention portée à un choix simple. |
| Contexte envisagé | Séance individuelle supervisée, avec un soutien défini après évaluation. |
| Composante motrice | Tâche de maintien debout ou de mouvement choisie individuellement ; une alternative assise peut être nécessaire, mais modifie l’objectif. |
| Composante cognitive | Identifier une cible selon une règle claire, avec une réponse accessible. |
| Configuration | Adapter la position de l’affichage, les choix, les indices, le temps et la commande uniquement lorsque cela est disponible et pertinent. |
| Informations observables | Performance des deux composantes, aide réelle, confort, pauses et commandes involontaires ; distinguer les événements enregistrés par le logiciel. |
| Version simplifiée | Simplifier le choix, diminuer les distracteurs, augmenter l’aide ou séparer les tâches. Noter la modification. |
| Progression possible | Modifier une exigence pertinente lorsque cela est justifié ; éviter d’augmenter ensemble les exigences physiques et cognitives sans raison explicite. |
| Précautions | Maintenir une surveillance rapprochée et les soutiens appropriés ; interrompre en cas de perte de contrôle sécurisé, de symptômes préoccupants, de fatigue ou de demande d’arrêt. |
| Traçabilité | Noter les consignes, l’aide, les réglages, la réponse observée et la décision clinique suivante. |
Le matériel et le logiciel peuvent ne pas proposer tous ces réglages. La présence d’un écran tactile ou d’un système de suivi ne suffit pas à établir l’adéquation de l’installation.
Utiliser les retours numériques au service d’une tâche claire
Un écran peut présenter des cibles, des choix ou une scène contextualisée. Un système de suivi compatible peut enregistrer certains événements de mouvement. Ces éléments ne doivent pas détourner de l’observation directe de la personne, de sa stratégie et de l’aide nécessaire.
Si l’interface récompense la vitesse, vérifier que celle-ci a un sens pour l’objectif clinique. Atteindre davantage de cibles n’est pas une progression utile si cela s’accompagne d’une perte de contrôle sécurisé ou d’une forte augmentation de l’aide. Faire une pause, simplifier ou arrêter peut être la bonne décision.
Un casque immersif n’est pas indispensable au travail en double tâche. Lorsqu’il est envisagé, ses effets sur la visibilité, la communication, le confort et la supervision nécessitent une évaluation distincte. Les activités sur écran ou en situation réelle restent des possibilités.
Que montrent les données sur les environnements virtuels ?
L’essai randomisé V-TIME a observé moins de chutes après un entraînement sur tapis de marche associé à une RV non immersive qu’après le tapis seul, chez les adultes âgés à haut risque étudiés. Il utilisait une installation supervisée précise et un suivi des chutes après le programme. [3]
Ce résultat n’établit pas le même effet pour un jeu debout sur écran, un casque immersif, des capteurs aux chevilles ou un produit Remotion. La population, la tâche, le matériel, le programme et le résultat mesuré doivent tous être pris en compte.
Mesurer les performances et ce qui compte hors de la séance
Documenter les deux composantes plutôt qu’un seul score combiné. Noter, par exemple, la précision des sélections et la réponse motrice observée, avec les consignes, l’aide et les changements de stratégie. Si les conditions diffèrent entre séances, rendre ces différences explicites.
Choisir des évaluations cliniques adaptées à la question et maîtrisées par le professionnel. La position d’un casque, le mouvement d’un avatar ou le nombre de cibles réussies ne sont pas automatiquement des mesures validées de l’équilibre ou du risque de chute.
Pour étudier les chutes elles-mêmes, définir une méthode et une période de suivi appropriées, avec un recueil cohérent des chutes et de leur contexte. L’absence de chute pendant une séance supervisée ne démontre pas leur diminution au quotidien. L’activité, la confiance et les aides nécessaires comptent aussi : une baisse du nombre de chutes doit être interprétée avec l’évolution de la participation.
Relier l’activité au projet global
Le travail en double tâche peut constituer une composante de la rééducation lorsque son objectif est clair et ses exigences adaptées. Il ne doit pas devenir une épreuve de tolérance à toujours plus de distraction ou d’instabilité.
Reprendre les observations avec la personne et décider de la suite : reproduire des conditions comparables, ajuster l’aide, travailler plus directement une activité quotidienne ou réexaminer le rôle de l’outil numérique. La finalité reste une participation qui a du sens, dans un projet coordonné de prévention des chutes.
Échangez avec l’équipe Remotion sur vos objectifs de rééducation et votre contexte via la page de contact du site. Vérifiez les fonctions et l’usage prévu de la configuration concernée ; cet article n’établit aucune réduction des chutes ni prédiction validée du risque propre à un produit.
Références
- NICE. Falls: assessment and prevention in older people and in people 50 and over at higher risk. NG249 (2025). Recommendations.
- Montero-Odasso M et al. World guidelines for falls prevention and management for older adults. Age and Ageing (2022). doi:10.1093/ageing/afac205.
- Mirelman A et al. Addition of a non-immersive virtual reality component to treadmill training to reduce fall risk in older adults (V-TIME). Lancet (2016). doi:10.1016/S0140-6736(16)31325-3.
